L’ITW du beatmaker – DjiZ

Toute nouvelle rubrique sur Beatmaker Nation :  « L’interview du beatmaker »

En effet, retrouvez tous les quinze jours une interview d’un membre de Beatmaker Nation, qui nous parle de lui, de sa vision des choses, de son équipement, son parcours, ses projets, et tout un tas de choses. Et comme une bonne interview vaut mieux qu’un petit résumé, laissons la parole a celui qui inaugure la rubrique, j’ai nommé…….. DjiZ !!!

Salut Djiz, pour commencer peux-tu te présenter, et nous en dire un peu plus sur toi et ce qui t’as amené au beatmaking ?

Salut confrère…
Alors pour faire assez court sur moi… je suis né en 79, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, je suis en France depuis un peu plus d’un an, à La Ciotat où je suis vendeur en grande surface de bricolage le jour et beatmaker la nuit … Une sorte de super héros du beat quoi.

Ce qui m’a amené au beatmaking ?

J’ai découvert la musique Rap en 1990, je m’en rappelle d’ailleurs très bien… ce qu’il faut savoir, c’est qu’en Côte d’Ivoire à cette époque, comme dans pas mal de pays d’Afrique noire qui sont d’anciennes colonies, les modèles de réussite commençaient à ne plus être totalement calqués sur la France, les gens commençaient à plus se tourner vers les USA, où quoi qu’on en pense les modèles de réussite « noir » ne manquent pas, donc forcément le Rap et le Basket c’était un truc complètement fou ! Un groupe comme le Wu Tang par exemple, c’était énorme pour le gamin que j’étais, t’as toute une imagerie autour, le côté un peu inquiétant des personnages, à l’époque t’avais assez peu d’infos, pas d’internet, peu de presse, ce qui laissait beaucoup de place au fantasme.
Donc j’ai vécu ça à fond, je n’écoutais que ça, j’ai même appris l’Anglais pour le Rap, je voulais comprendre ce que les gars disaient.Vu que je suis d’un naturel assez discret, je me suis d’abord dirigé vers le Graph, je n’y connaissais pas grand-chose, un gros vandale… Pas très talentueux d’ailleurs mais super impliqué (lol).

Quelques années plus tard j’ai découvert le Rap Français… Alors honnêtement au départ j’ai beaucoup rigolé, qu’on puisse raper en Français ça me semblait complètement aberrant, je vais passer pour un dingue mais quand j’ai entendu Fabe et MC Solaar j’étais mort de rire… Je me suis vite ravisé, j’ai même commencé à gratter quelques lignes et ça a pris le dessus sur le Graph, j’ai rapé pendant des années, sans réellement être satisfais de ce que je faisais, j’étais franchement très moyen comme MC… Ensuite comme beaucoup j’en avais marre des faces B, je voulais des prods à moi, j’ai vu la pub de Hip Hop Ejay sur un Groove Magasine, je me suis offert la chose… J’en ai perdu la raison, j’ai vite changé pour Musique Maker puis Fruity Loop sur lequel je suis encore, j’ai arrêté l’école pour ne plus faire que ça, j’ai progressé et on à commencé à me demander beaucoup de prods, je rapais de moins en moins et j’en avais même plus envie finalement.

Quel est ton matériel dédié au beatmaking ? Plutôt analogique ou numérique ?

Plutôt numérique… Ce n’est pas vraiment une question que je me suis posée en fait, j’ai évolué là dedans, je fais aussi avec mes moyens et mes petites connaissances.
Donc pendant très longtemps mon artillerie s’est résumée à un casque de super marché, un PC qui fume quand tu entames le mix de ta prod et mon petit Fruity Loop…
Aujourd’hui je suis pas mal équipé, un petit Home studio que j’ai mis plus d’un an à monté mais qui répond exactement à mes attentes :
– Un PC portable Toshiba p200 (Je projette l’achat d’un PC fixe dédié au son sous peu)
– Controleur M.AUDIO – UC33e (Pas essentiel mais un sacré plus en confort)
– Clavier/pads AKAI – MPK 49 (Une boucherie quand c’est bien configuré)
– Carte son saffire focusrite usb 6 (Rapport qualité prix imbattable, je recommande)
– Monitoring Prodipe Pro8 (Efficace, j’ai assez peu de comparatif pour détailler)
– Boite à rythme YAMAHA Ry8 (Mon premier joujou, je la garde pour ça…)
– Korg kaossilator pink (j’assume la couleur ! c’est sympa mais pas non plus très axé rap)
– Behringer Eurorack UB1002 (Elle me sert de décoration en ce moment)
– Casque Ministry Of Sound MOS004 (Pas réellement ce qu’il faut pour le beatmaking, mais petit, son
propre et budget imbattable.)
– FL Studio 9 Producer Edition (Je ne suis toujours pas passé officiellement au 10)
– Reason 5 (En rewire dans FL Studio… Je l’utilise très rarement)

On en vient a la grande question des années 2000, a savoir, sampling ou composition ?

Sampling sans hésiter !!!!
Pour plusieurs raisons, déjà je suis sensible aux prods ayant ce type de sonorité un peu vieillotte… Le côté dépoussiérage de sons complètement improbables, la jouissance de découper LA boucle, qui rien qu’en tournant seule te fait bouger la tête.
Il y a aussi une autre raison moins glorieuse, je suis une bûche avec un clavier, je sais à peine tapoter une mélodie, j’ai essayé d’améliorer ma technique, je me suis même offert des cours mais finalement, ça ne me sert à rien dans ma façon de produire donc je n’avance pas, j’ai plus vite fait à la souris pour le peu que je compose, généralement ça va être la basse de mon morceau et quelques très légers ajouts d’instruments,
cela dit je me rend compte que je compose quand même beaucoup, j’ai fais le choix de vendre mes prods donc j’évite le sampling dans ce cas là.
Au final tout va dépendre de la couleur que je veux donner à ma prod, j’ai beaucoup travaillé pour pouvoir être polyvalent, a tel point que j’en ai perdu mon son pendant un moment, je pense qu’on peut écouter pas mal de trucs différents mais qu’il ne faut pas se perdre là dedans, mon style est simple, du sample, généralement issu de Bande Originale de films d’épouvante ou science fiction introuvables et que de toute façon personne ne regarde, de grosses basses très simples et des drums que j’essaies de faire cogner, en gros c’est très loin des prods G.Funk que j’adore écouter mais que je serais incapable de faire.

Quand tu créés un beat, quelle est ton approche ? Sans nous dévoiler tes petits secrets, as-tu une recette, un ordre, des procédés particuliers ?

Généralement je commence par le sample, il va donner la couleur de ma prod, le groove… je créé ma boucle, je découpe ce que je veux garder, j’arrange, je pitch, je construis le squelette de ma prod… Puis je passe à ce que j’appelle le « bourinage en règle », je tape mes drums, je ne quantise pas, je laisse ça brut, je vais retoucher éventuellement la dynamique, ce qui arrive rarement.
A ce moment là je passe à la basse s’il n’y en a pas dans le sample puis les ajouts de mélodies, par exemple un piano pour appuyer mes kicks, après ça je vais finaliser, c’est la partie la plus longue.
En gros mon schéma est le suivant, le sample travaillé me donne mon jeu de drums et mon jeux de drums va me donner ma basse et ma compo.
Dans 99% des cas je produis à partir d’une acapella, même si je dois l’enlever rapidement j’ai pris l’habitude de travailler comme ça, du coup si la prod ne part pas, j’ai un remix.

Quelle est également ton approche du mixage ?

J’ai commencé à m’attarder sur le mixage depuis un peu plus d’un an, je débute donc.
Mon approche est assez simple, je pars du principe que ma prod repassera en studio si elle doit aller sur un album, l’idée est donc de rendre mon son écoutable pour qu’il interpelle un MC, ça ne sera pas parfait, pour le moment j’en suis de toute façon incapable et surtout ça serait inutile.
Par contre sur mes mixtapes, albums de remixs, ou tout autre projet que je mets en ligne, je tente de réellement travailler le mix, j’expérimente et j’essaye de faire en sorte que le son passe sur n’importe quel support.
Je fais bien la distinction entre un beatmaker et un ingé son, ce n’est pas le même boulot pour moi, le titre « ingé son » ça reste un truc très vague pour moi, certains le sont par ce qu’ils ont une formation donc techniquement ils savent de quoi ils parlent et savent travailler le son mais je pense qu’il y a aussi une grosse part d’artistique dans le mixage et donc le résultat sera toujours subjectif.
Mon idée est d’arriver à faire sonner mes sons comme ce que j’aime entendre, je ne me focalise pas spécialement sur la technique pure.

Quels sont tes influences, tes « maîtres du son » ?

Il y en a beaucoup.
Parmi ceux qui m’influencent musicalement, RZA… ALC, quasiment toutes ses prods me font le même effet «pourquoi je n’y ai pas pensé», il a aussi PREMIER, comment ne pas le citer, puis des gars comme BUCKWILD, THE BEATNUTS, Q-TIP, ERIC SERMON, DJ MUGGS, JUST BLAZE, DRE, DAZ, HAVOC, et récemment STOUPE que j’ai découvert sur le tard.
Des rapeurs aussi, BIGGIE SMALLS, TUPAC, BIZZY BONE, SNOOP, XZIBIT, R.A THE RUGGED MAN, MOP, MOBB DEEP, ICE CUBE, THE GAME.
Hors rap, j’écoute énormément de Soul, d’ailleurs c’est le genre musical que j’écoute le plus, je vais citer quelques artistes, TEDDY PENDERGRASS… MINI RIPERTON, SAM DEES, DONNY ATHAWAY…
Bon je ne vais m’arrêter là, sur ce genre de question t’as toujours peur de ne pas en citer assez et de passer pour un ignare… lol !

Que dirais tu dirais à un novice qui veut se lancer dans le beatmaking ?

Déjà il n’y a pas à « vouloir », j’entends souvent, « je voudrais devenir beatmaker », ce n’est pas en s’asseyant et en réfléchissant, que tu vas faire un beat, ça reste un truc assez spontané.Trop intellectualiser ça, c’est prendre le risque de faire un son aseptisé, on fait une musique sans règles si ce n’est que ça doit sonner, il y a des outils gratuits et faciles à trouver donc au lieu de « vouloir », « fait » !
Passer ce stade, c’est du boulot, de la frustration, de l’isolement et évidement quelques satisfactions.
Le plus important pour moi c’est de savoir lâcher prise, ne pas s’enfermer, ta musique a besoin de ton vécu, donc vis, vas dehors, amuse toi, observe, lis des bouquins, écoutes du son.Pour moi ça a toujours été très bénéfique quand je retourne à mes beats.
Je n’aurais pas réellement de conseils en terme de technique, je pense qu’on a tous la notre, il faut expérimenter énormément c’est le plus efficace.

Un avis sur les beatmakers actuels et par extension la scène rap,hip hop?

J’ai du mal à avoir un avis très constructif sur le niveau du beatmaking actuel, je pense qu’on à eu une grosse explosion du truc quand les gars ont compris qu’ils auront plus vite fait de vendre une prod qu’un rap, du coup il y a une masse de mecs qui font le même son, je passe d’un blog à l’autre et j’ai l’impression d’entendre des remixs de remixs de prods déjà entendues.
La facilité d’accès aux outils comme FL Studio, Reason, la rapidité avec laquelle on peut mettre un son ou un album en ligne, l’appellation « beatmaker » est galvaudée, je n’ai rien contre le fait de débuter mais sous la même appellation il va y avoir un gars qui fait du caca sur son logiciel, moi et un virtuose… ça devient très difficile de s’y retrouver.
Sinon le talent est là, le forum en est une belle preuve, certains sont monstrueux, DEDOu, Stygmath, Bilbok… La progression de SOHH, il est arrivé en étant complètement novice, aujourd’hui je reste sur le cul à chaque sons qu’il poste ! Je ne vais pas citer tous ceux qui sont bons ! Comme quoi l’état du beatmaking est le même aujourd’hui qu’hier, il y a juste beaucoup trop de monde et les bons sont noyés là dedans.

La scène Rap reproduit forcément le même schéma, une sorte d’uniformisation du propos, la punchline à tout prix, pas mal de jeunisme… Attention, tout n’est pas mauvais mais il faut franchement chercher et écouter beaucoup de choses pour trouver du bon son.
Un autre aspect que je trouve lamentable c’est la notion de « musique jetable », les gars partent du principe que c’est du son temporaire, ils ne réfléchissent plus en se disant « je vais faire cet album pour que dans 10/15 ans voir plus on l’écoute encore », ils font un truc qui va marcher de suite, pas forcément mauvais mais qui ne tiendra pas dans le temps. La productivité à tout prix pour ne pas être oublié trop rapidement en somme.

Quels sont tes projets ? Ton actualité ?

Actuellement j’ai ma dernière tape qui tourne pas trop mal, MaaDBEATS Vol.2 « Escape from a condom », j’aime ce projet par ce que je n’ai fais aucun calcul dessus, je me suis réellement fait plaisir, je travaille aussi pour les projets commun de la communauté, « Tribute 2 Soul II » et « Poudlard Gone Wild » , puis en parallèle je bosse le volume 3 de MaaDBEATS qui s’appellera « Brick n Block Childhood » mais je vais tenter un truc un peu plus ambitieux ce coup ci, que des collaborations, pas de remixs.Par contre dans les jours qui viennent je mets en ligne un projet Spécial SICK JACKEN sur lequel j’ai beaucoup bossé, je suis en plein mixage actuellement, j’essaye de finir ça avant que ma femme ne divorce et que mes voisins me passent à tabac.
Pour tout ce qui concerne mes sons, mon site web est là, y’a tout:     www.djizbeats.com

La question débile du jour : Si ton son était un plat ou une recette ce serait ?

HAHA !!! wtf ??? Merci de demander, jamais je n’y aurais pensé…
Alors ce serait un plat de chez moi, un bon foutou banane, agouti, sauce graine, parce que c’est mijoté, lourd, gras, ça te colle au bide…et ça pique!
Pour ceux qui ne connaisse pas la gastronomie ivoirienne, n’hésitez surtout pas à tester, il existe beaucoup de restaurants en France.

Le mot de la fin est pour toi !

J’hésite entre des dédicaces sur 250 lignes ou autre chose…
Bien, disons que déjà, je vais te remercier de m’avoir laissé m’exprimer, je m’excuse d’avoir été aussi long, je félicite les gens qui ont tout lu, bravo… Maintenant y’a plus qu’à aller écouter ce que ça donne en son!
D’autre part je vais remercier toute la communauté BeatmakerNation, merci de faire vivre le forum, merci des découvertes, du partage, de l’entraide, de la bonne humeur, des superbes débats sans fins et tout simplement de continuer à faire du fofo ce qu’il est.

Voilà, on se retrouve dans quinze jours pour une nouvelle interview d’un beatmaker, a vous les studios!


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